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Contribution: Et si on dépolitisait la gestion du temps lunaire?

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Contribution: Et si on dépolitisait la gestion du temps lunaire?

C’est connu! Le fait religieux n’est pas un fait banal qu’on aborde sur un coup de tête. Il s’agit d’abord et avant tout, de foi, de dogme. Et le dogme, par définition, nous renvoie toujours à la passion. Dans nos sociétés majoritairement religieuses -qu’il s’agisse du Christianisme, de l’Islam, du Judaïsme, ou de l’Hindouisme-, les réactions obéissent au déterminisme historique, sociologique, psychologique, psychique ; voire même les quatre à la fois. C’est pour quoi il faut aborder ces questions avec précautions. D’ailleurs, les Ecritures Saintes enseignent: ”Ne dites quoi que ce soit sur ce dont vous n’avez aucune science”. Autrement dit, ne parlez pas de ce que vous ne savez pas.

Pendant le Ramadan, je consacre habituellement beaucoup de temps à la lecture du Saint Coran et d’autres ouvrages politiques et philosophiques. Mais cette année, ce ne fût pas le cas. Pourtant avec le Coronavirus et le confinement, les conditions s’y prêtaient. En effet, cette année j’avais décidé questionner certaines règles et pratiques qui gouvernent le fait religieux en général, et dans l’Islam en particulier. Je me suis très vite abonné à la page Facebook de l’éminent Islamologue, Professeur Tariq Ramadan, quelques semaines avant le début du mois lunaire. Tout au long de ce mois d’adoration, nous avons cheminé ensemble. J’ai beaucoup appris.

Ce matin, quand j’ai allumé mon ordinateur, j’ai aussitôt fait connaissance avec le buzz de mon grand frère et confrère André Silver Konan à propos de la célébration de l’Eid El Fitr. ça m’a fait sourire. Il dénonce un Fake “Eid”. Ce qui n’est pas un fait nouveau; puisque ce n’est pas la première fois que des points de vue divergent entre les musulmans eux-mêmes, selon qu’ils soient de telle ou telle autre école juridique. Les dates du début ou de fin de jeûne tout comme celles des fêtes musulmanes ont presque toujours posé problème. Au Niger par exemple, cette année, une partie de la population a célébré Ramadan le samedi 23 mai; tandis qu’une autre célèbre aujourd’hui, dimanche 24 mai. Ce qui n’est pas rare dans la sous-région. Revenons au cas de la Côte d’Ivoire où notre brillant confrère suspecte le COSIM et le CODIS de vouloir ”tuer deux fois le Cheikh Boikary Fofana” -il ne faut pas déconner avec ces choses là-. Dépassionnons le débat!

Le problème que soulève André Silver Konan est très mal posé certes; mais il demeure un problème sérieux sur lequel la Communauté musulmane, à l’échelle mondiale, doit trancher définitivement. “C’est un sujet sensible parce que c’est un sujet qui suscite de la division”, a reconnu, hier, Tariq Ramadan, à l’occasion de la clôture d’un séminaire religieux qu’il a donné sur la toile, relatif aux “enseignements et l’avenir” après le Ramadan. Pendant la séance des questions/réponses, une participante vivant en Angleterre a bien fait de poser la question sur les fuseaux horaires (GMT) et l’observation du croissant lunaire. Comment fait-on pour mettre tout le monde d’accord sur le phénomène d’observation de la lune?

En effet, il existe plusieurs opinions selon le texte coranique et la tradition (Sunnat) quant à l’observation du croissant lunaire marquant le début et la fin du jeûne musulman.

– Une première position consiste à dire, suivant la tradition, qu’il faut que quelqu’un ait vu le coucher du soleil et observé la levée de la lune. Le Savant musulman a expliqué que pour les tenants de cette thèse, “il faut que la lune soit vue à l’œil nu”. Il suffirait donc que la lune soit vue quelque part dans le monde et tout le monde suit. Ou encore, qu’elle soit vue de là où ils vivent ou dans la proximité (lieu le plus proche). Pour ce qui est de la fin du jeûne, une autre catégorie de législateurs, minoritaire, estime par ailleurs que le ”doute du dernier jour” fait partie du rite de Ramadan. Lui conférant, disent-ils, un caractère mythique.

– Quant aux tenants de la deuxième thèse, celle dont se réclamera certainement le journaliste ASK, il faut tout abandonner aux calculs scientifiques qui nous permettent de dire selon le pourcentage et le temps entre les deux phénomènes (coucher du soleil et levée de la lune) où l’astre serait visible. Les données scientifiques peuvent prévoir par exemple que c’est impossible de voir la lune à cette période. Sur cette base, on ne devrait donc pas rêver que quelqu’un puisse voir la lune dans cette ”période maudite”. Dans ce cas, on continue ou on arrête le jeûne? Pendant combien de temps devra-t-on observer le jeûne? Personne n’a la réponse.

– Et enfin, la troisième attitude: celle-ci consiste à dire qu’au temps du Prophète (SAW) et des Sabbah, la vision était l’instrument du moment qui permettait d’observer le phénomène. Maintenant que nous avons des moyens scientifiques qui permettent de dire à quel moment précis le phénomène va se dérouler, faut-il s’appuyer sur la vision parce que c’est ce que le Coran dit ou bien s’appuyer sur les moyens scientifiques qui existent à notre époque? Pour ces derniers, si on a le moyen de déterminer, il ne sert à rien de maintenir le doute car à l’époque du Prophète (SAW), les hommes n’avaient pas les moyens de voir avec la même facilité. A partir de ce moment là, on s’en tient au calcul et si le calcul nous dit que la nouvelle lune viendra le neuvième mois de l’année lunaire, on s’y fait. Aujourd’hui, on peut même photographier ce moment là et le partager. On aurait résolu le problème de la vision.

La Position de Tariq Ramadan

”Ma position aujourd’hui, tout en respectant celles des savants qui sont de la première opinion et de la deuxième opinion, c’est la troisième. Car le plus important, ce n’est pas l’instrument ou l’objet qui permet de voir mais plutôt le fait qu’il y ait une nouvelle lune. L’avantage de cette dernière position me parait être la meilleure pour trois raisons:

1- Elle privilégie le fait de savoir quand le mois commence exactement (mois lunaire) grâce à la précision de la science. Au temps du prophète, on n’avait pas la possibilité de faire le calcul minutieux à la seconde près. La science ne contredit pas notre foi dans le Coran; mais notre foi dans le Coran se voit confirmer par la donnée et la connaissance scientifique actuelle.

2- C’est un élément unificateur. On s’en remet à une donnée objective.

3- On cesse cette espèce de dispute politicienne qu’on est entrain d’observer aujourd’hui. C’est le pays qui veut garder son petit pouvoir (Ndlr, décider pour tout le monde). On se tourne vers la Kaaba, pas vers le gouvernement Saoudien (…) Il faut dépolitiser la gestion du temps lunaire (…) En s’appuyant sur la science, on ne diminue pas le pouvoir du texte (Ndlr, la loi). Le calcul scientifique n’appauvrit pas le pouvoir du texte mais le confirme par son universalité.”, a indiqué Tariq Ramadan.

Ben Ayoub

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