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OPINION

CHEICKOUL AL AÏMA BOIKARY FOFANA, UNE VIE AU SERVICE DE L’ISLAM DE CÔTE D’IVOIRE

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La trajectoire de vie d’Aboubacar Fofana, lorsqu’on la regarde de très près, fut celle d’un homme qui a toujours porté avant l’heure le destin des communautés. D’abord familiale, quand à l’âge de 20 ans en partance pour l’Egypte, poursuivre ses études, son père lui confia leur destinée : « C’est sur toi que nous comptons pour être sauvés. » Puis nationale, lorsqu’en 2006, encore en exil aux États-Unis, la destinée de la communauté musulmane ivoirienne, tout entière, lui fut confiée. Homme des missions aux issues improbables, il a toujours comblé les espérances portées sur sa personne.

Fort de sa formation en science économique et religieuse, en militantisme syndical lors de ses années estudiantines, il comprend très tôt la voie que devrait emprunter l’islam en Côte d’Ivoire pour s’affirmer sans complexe ni crainte, dans un espace public dominé largement par la religion chrétienne (L’Etat, l’administration, les institutions publiques, Églises construites par le chef de l’Etat). Dans un contexte des années 1970-1980, où les cadres de l’administration craignaient d’afficher publiquement leur appartenance à la foi musulmane, il a fallu prendre d’énormes risques. Faites le parallèle à aujourd’hui et vous verrez ainsi le chemin parcouru.

Au sein de la LIPCI (Ligue Islamique des Prédicateurs en Côte d’Ivoire), avec Tidjane Bâ et Mohamed Lamine Kaba, il va œuvrer pour un œcuménisme intracommunautaire. C’est-à-dire essayer de réunir sans renier les différences doctrinales dans un seul et même ensemble représentatif au plan national. Afin de fédérer les actions de toutes ces obédiences doctrinales au sein de l’islam ; pour en définitive, peser sur l’État. Face aux autorités publiques, parler d’une seule et même voix. Pour ce faire, il a fallu d’abord, lui-même, trouver sa voie entre le Wahhabisme, l’islam politique et l’islam traditionnel. Au début des années 1980, il passe du wahhabisme au soufisme : « il confina strictement son affiliation spirituelle à la sphère privée. »

Tenant compte du caractère irréductible entre ces divergences dogmatiques sur le plan des doctrines, son œuvre fut semblable à celle d’un équilibriste. Ainsi verront le jour officiellement et respectivement en 1991 et 1993, le COSIM puis le CNI. Au même moment se déroulait une autre tâche, aussi périlleuse que la première : mettre en place un islam revendicatif. Il entreprit donc d’infuser une conscience politique à la communauté musulmane nationale. Voulant faire d’eux des sujets (d’Allah) en même temps des citoyens (de la république). En d’autres termes, se soumettre aux décrets d’Allah tout en observant les normes juridiques, “légal-rationnel” émanant des pouvoirs publics. Soumis à Allah mais engagés activement dans la vie de la cité. Critique envers tous les régimes politiques depuis les années 1980, l’alliance du futur Cheikh Al Aïma (le sage des imams) avec Alassane Ouattara, au début des années 2000, fut celle d’un contrat engageant ce dernier à œuvrer pour rétablir une justice dans le traitement des religions par l’appareil étatique.

Son action pour être égrenée de façon exhaustive nécessiterait un très long texte. Arrêtons-nous sur ce qui a été relaté plus haut. Et avec ce prisme, analysons chacun la place que la communauté musulmane doit lui accorder dans sa mémoire collective : son histoire. À sa mort en 2020, l’islam est la première religion de Côte d’Ivoire avec 42,9 % de la population et dans cette proportion, 75% des musulmans résident au Sud contre 25% dans le Nord. Selon le RGPH de 2014.

Va en paix rejoindre ton créateur Cheickoul Al Aïma. Ta mission sur terre est accomplie. Toute la communauté saura tôt ou tard le vide que tu laisses derrière toi.

Pour notre part, nous présentons nos sincères condoléances à la famille biologique et spirituelle du Cheick. Qu’Allah lui fasse miséricorde de ses moments d’égarements durant son passage sur terre !

Coulibaly Amadou, Analyste politique.

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